FETICHISME ET SEXE BIZARRE
Par Agnès Giard – © Photos Peter W. Czernich
Agnès
Giard - journaliste spécialisée dans les
contre-cultures - a signé un livre d’art sur
le sexe bizarre, bourré d’images incroyables et de témoignages délirants
sur les pratiques érotiques les plus étranges du monde
entier. On y apprend que certaines femmes adorent quand leur mari porte un
masque d’Alien sur la tête et que le soir, quand les
enfants sont couchés, la chambre des parents se transforme en décor de vaisseau
spatial :
”Chéri, déguise toi en Klingon !”. D’autres préfèrent se rouler dans le foin et disent : ”Chéri, je t’attends à l’écurie” plutôt qu’au lit, parce qu’elles adorent se faire chevaucher. D’autres encore imaginent qu’elles se font avaler par un crapaud géant parce qu’elles jouissent d’être complètement trempées, visqueuses, mouillées et sucées par un animal avec une énorme langue rose !
Tout
est pour de rire bien sûr. Tout est pour de jouir. Véritable enquête au coeur
des désirs hors normes, “Le Sexe Bizarre” fait le tour des jeux érotiques
anti-conformistes qui rendent certaines femmes folles. Les voici décodés,
accompagnés d’oeuvres signées par des peintres, des photographes de mode et des
graphistes en folie : titillant, instructif, richement illustré, extrêmement
documenté, voilà un livre d’art vraiment bizarre et vraiment sexe.
Qu’est-ce qui vous a amené à faire ce livre ?
Agnès Giard : Après plus de 8 années passées à enquêter sur les pratiques érotiques du monde entier, je me suis dit qu’il fallait rassembler tous ces témoignages et donner la parole aux gens incroyables que j’avais rencontrés : ils méritaient un beau livre, plein d’images excitantes et belles.

Est-ce
que le fait de faire un livre d’art richement illustré était important pour
vous ?
Agnès Giard : Un livre d’art c’est mieux pour faire passer le message : j’ai voulu montrer qu’on peut parler de sexe sans vulgarité, sans choquer. J’ai aussi voulu dévoiler des pratiques sexuelles visuelles, extravagantes, pleines d’inventivité : il faut les voir en images pour les comprendre ! Les pony-girls par exemple : les femmes harnachées comme de belles juments d’attelage, portent des tenues très érotiques, avec une longue queue tressée qui se balance entre leurs fesses. Les femmes en latex ressemblent à de splendides carrosseries luisantes et lubrifiées, avec des pare-chocs à tomber par terre...
En écrivant un livre sur ce sujet n’aviez vous pas peur de devoir évoquer des sexualités extrêmes, dégradantes ?
Agnès Giard : Justement non ! Le sexe bizarre c’est du sexe farfelu, délirant, loufoque, hors du commun, parfois absurde mais ça n’a rien à voir avec le sexe extrême. La performance physique (style Gang Bang) et la surenchère trash (quadruple fist ou bukkake) sont dénués de toute originalité, et ne présentent aucun intérêt à mes yeux car ils mettent les désirs à l’usine du rendement: ils rendent l’amour besogneux et lassant. Dans le sexe bizarre, mon parti pris, c’était de parler uniquement de pratiques érotiques inconnues du grand public, de pratiques qui mettent en jeu l’imaginaire ou la fantaisie.
Quelle est la pratique bizarre la plus sexuelle ?
Agnès Giard : Le splosh : ça consiste à enduire une femme de chocolat liquide, de crème fraîche, de coulis à la fraise, de purée de marron et de yaourt, jusqu’à ce qu’elle soit complètement trempée. Ses seins glissent l’un contre l’autre avec des bruits de ventouse. Ses cuisses dégoulinent. Ses fesses sont moulées dans une matière gluante et moite... et sucrée ! On peut faire du splosh avec des liquides salés bien sûr. Mais ça dépend des goûts !
Quelle
est la pratique sexuelle la plus bizarre ?
Agnès Giard : ”Le freeze” ! Cette pratique consiste à “geler” une femme sur place quand elle fait le ménage où qu’elle se déshabille. Rien de dangereux bien sûr : on claque des doigts et elle reste brusquement immobile, comme si on avait tourné le boîtier d’un bouton de commande temporel. C’est un réalisateur de Los Angeles qui m’en a parlé : rien ne l’excite plus que l’idée de figer sur place une ou plusieurs jolies passantes, alors qu’elles se promènent, dans de petites robes d’été. Pour lui, c’est comme saisir un moment d’éternité : attraper un sourire au vol, et rendre cet instant immortel. Il jouit en pensant qu’il peut statufier les femmes, les admirer sous tous les angles, les faire revenir à elles, puis les regeler à nouveau sans arrêt...
Quelle est la pratique sexuelle la plus excitante ?
Agnès Giard : Les furries, également appelés les “animaux anthropomorphes”. Les furries sont des humains qui rêvent de devenir des hommes lions ou des femmes renard, à la fourrure soyeuse et aux pupilles de fauve. Ils imaginent que des crocs leur pousse ainsi que de longues queues et ils se livrent en pensée à des orgies bestiales avec d’autres créatures hybrides comme eux : des femmes lapines, des femmes écureuils ou des femmes chats douces et ronronnantes.
D’où leur viennent ces fantasmes bestiaux ?
Agnès Giard : Le sexe bizarre, ça vient naturellement : on grandit avec des désirs qui sont autant de féeries, de serments, de promesse de bonheur.
A suivre sur le 2° volet
© Agnès Giard pour Tropicale Production
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