FETICHISME ET SEXE BIZARRE volet 2
Par Agnès Giard – © Photos Peter W. Czernich

Vous ne trouvez pas que certaines pratiques sont
perverses ?
Agnès Giard : La notion de “perversion” repose sur le présupposé suivant : il y aurait des actes “pervers” dénotant une sexualité anormale que l’on devrait soigner.
Mais qu’est-ce qu’une sexualité anormale ?
Agnès Giard : Les médecins qui inventent cette notion au XIX° siècle, y regroupent des pratiques aussi différentes que la masturbation, la fellation ou la position en levrette... Pour eux, “la perversion” désigne tout ce qui ne relève pas directement de la fécondation. Freud lui-même a dit que nous étions tous des pervers : nous aimons embrasser notre femme (fétichisme de la bouche), la regarder en lingerie (voyeurisme), lui mordiller le cou (sadisme) ou -scandale- lui faire l’amour plus de 2 fois par semaine (satyriasis) ! Conclusion : qu’on pratique le sexe bizarre ou pas, nous sommes tous des pervers et heureusement d’ailleurs, parce que sinon, la vie serait bien triste.
Est-ce que les pratiquants de sexe bizarre sont des gens normaux ?
Agnès Giard : Pour moi, les gens normaux, ce sont ceux qui sont heureux avec leurs fantasmes et qui refusent de fixer des limites à leurs désirs au nom d’une morale religieuse ou de conventions sociales répressives.
Ce n’est pas dangereux ?
Agnès Giard : Non ce
n’est pas dangereux de chatouiller sa copine jusqu’à ce qu’elle en défaille. Ce
n’est pas dangereux d’enfiler le bikini rouge sang de
Le sexe bizarre, c’est nouveau ?
Agnès Giard : Ca date de l’aube de l’humanité. Si l’être humain avait dû s’en tenir à son instinct pur, nous vivrions tous nus dans des grottes et tout le monde baiserait avec tout le monde, comme la plupart de animaux. Mais l’être humain ne s’en tient pas à son seul instinct et sa spécificité : il met de la culture par dessus son naturel. Il met des vêtements par dessus sa nudité. Il met des fantasmes par dessus ses coïts. Il essaie de tirer un plaisir de tout ce qui l’entoure et son cerveau le porte “naturellement” à inventer des pratiques sexuelles toujours plus incroyables. Les fantasmes viennent de notre capacité à vouloir vivre des vies plus intenses, plus extraordinaires, plus puissantes, plus sauvages. Ca a toujours existé et j’espère que ça continuera à exister toujours !
Pensez-vous que certaines pratiques sexuelles peuvent devenir à la mode ?
Agnès Giard : Si on
n’a jamais eu envie de faire l’amour avec un talon aiguille ou avec une pédale
d’accélérateur ce n’est pas parce qu’on l’a lu dans un livre qu’on va en faire
le moteur de sa sexualité ! Les choses intimes ne deviennent jamais à la mode.
Ce serait idiot de prétendre que la libération homosexuelle des années 80-
Votre livre défend-t-il le sexe bizarre ?
Agnès Giard : Le sexe bizarre, c’est une liberté. Il faut se battre pour cette liberté, même si on n’est pas concerné personnellement.
Comment les gens réagissent-ils quand vous leur parlez de
sexe bizarre ?
Agnès Giard : Ils deviennent très bavards, très excités ! Les gens adorent parler de sexe, parce que c’est un sujet rigolo, qui donne envie, qui fait rire et qui fait rougir. Le sexe bizarre, c’est encore plus émoustillant pour eux ! Quand j’en parle, ils se mettent à poser plein de questions sur comment ça marche, et pourquoi, et comment... Ils se demandent toujours s’il n’y a pas de bonnes idées à prendre.
Le sexe bizarre, ça concerne tout le monde ?
Agnès Giard : Dans la grande majorité, nous sommes des omnivores érotiques : nous aimons bien varier les plaisirs et nous goûtons à tout ! Les jolis petits pieds, les gros seins, les culottes de soie, les fourrures, les chatouilles, les bons petits plats au gingembre, etc...
LE
SEXE BIZARRE, PRATIQUES EROTIQUES D’AUJOURD’HUI,
de Agnès Giard
Editions Cherche Midi
© Agnès Giard pour Tropicale Production
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