SM UNDERGROUND : ESCLAVE 242
Esclave 242 est docile et bien dressée. Vous l’avez
vue dans le Club Défi 84 et voulez en savoir d’avantage. On est loin d’imaginer
quelles relations d’amour lient parfois des adultes consentants. Esclave 242
existe, elle a un maître et accepte de répondre à quelques questions que vous
vous posez sur la relation TRES particulière qu’elle entretient avec son
Maître.
Christine Burns : Esclave 242, pourquoi ces chiffres et pas un nom, ont-ils une signification précise ?
Esclave 242 : Esclave 242, c’est un hommage à Front 242, un groupe de rock indus sombre, brut, lancinant, à l’origine du mouvement EBM (Electronic Body Music). C’est une musique indissociable de nos fantasmes, parce qu’elle évoque les aboiements d’un chien dans un tunnel, les échos d’un cri dans un parking, l’ambiance sourde et saturée d’une usine en friche. Dresseur et moi, nous partageons ce goût pour un SM underground qui sent la semelle et la rouille, qui a le goût du métal, qui vibre et qui luit...
J’aime le côté machine. Je rêve de me faire tatouer un logo industriel, avec le numéro 242, pour devenir un parfait objet de désir. Je n’ai pas peur de dire que je suis un “objet” parce que ce mot est indissociable du mot “désir”. J’aime me mettre en scène comme une petite soumise tenue en laisse et j’aime quand Dresseur se met lui-même en scène comme un très sévère maître-chien. Nous sommes l’un pour l’autre des objets d’amour et de plaisir
Christine Burns : Tu es soumise à ton Maître depuis combien de temps ?
Esclave 242 : J’ai rencontré Dresseur il y a 6 ans. Pour moi c’est une icône anticonformiste, un éditeur de revues SM-Punk aux opinions tranchées...Un jour je l’ai appelé pour lui donner rendez-vous. Trois semaines après, j’ai enfin eu le bonheur de lui lécher la braguette. SLURP.
Christine Burns : Dans quelles circonstances as-tu accepté de
devenir son esclave sexuelle ?
Esclave 242 : Oh, c’est qu’il n’a même pas eu à me le demander. Je le désirais si fort ! J’avais besoin d’un homme droit, loyal, exigeant et pervers. Un homme pour qui la vie n’a d’intérêt que dans le sexe. Rien d’autre ne compte que ça : être amoureux et faire l’amour, dès qu’on peut. Penser à des scénarii dégueulasses, constamment renouveler des désirs sans fin. Je voudrais être constamment excitée, que tout devienne excitant : le travail, l’alcool, l’art, la nuit, les rues obscures, les culottes que je porte (ou pas), sa voix, sa cruauté et sa patience...
Christine Burns : Quelles soumissions ton Maître exige-t-il de toi ?
Esclave 242 : Il n’exige rien d’autre que ce dont nous avons envie tous les deux. Nous parlons si souvent de nos fantasmes que nous en sommes venus à les réaliser tous, ou presque. Quand je lis un livre ou que je regarde un film, et que quelque chose m’excite je le raconte à Dresseur et ça nous donne des idées : “ C’est l’histoire d’une secrétaire qui renverse du café sur le pantalon de son patron. Pour la punir, il lui ordonne de devenir sa pute particulière, celle qui doit s’offrir aux clients pour la signature des contrats. Elle devra commencer par passer sous le bureau... Ensuite il la met en location pour un usage individuel ou en groupe, dans des salons professionnels ou pour des voyages d’affaire”. Si ça nous excite vraiment beaucoup, nous passons aux actes. En ce moment, nous nous inspirons de Simon Benson et de House of Gord pour développer des scénarii de soumission “forcée”.
Christine Burns : Ton Maître t’offre à d’autres hommes, qu’aimes-tu dans cette offrande ?
Esclave 242 : J’adore la sensation de lui appartenir : s’il m’offre, c’est que je suis à lui. S’il me livre, c’est qu’il peut faire de moi sa petite pute chérie, son fuck toy, son obéissante chienne, bien dressée pour la queue.
Il me met à disposition, fait venir des inconnus et leur dit de se satisfaire de la manière qu’il leur plaira. Dans ces moments-là, j’ai besoin de voir que ça le fait bander, qu’il est très excité par le spectacle de cette domination sexuelle par la meute. C’est sa queue qui compte pour moi et je lui appartiens d’autant plus fort qu’elle me fait jouir par procuration.
Prise par plusieurs hommes à la fois, j’ai la sensation d’être broyée par des mains qui sont toutes celles de mon Dresseur, brutales et autoritaires. Je m’enfouis sous ces corps avec la sensation de me perdre dans son corps à lui...et je deviens celle que j’ai toujours rêvée d’être, une petite femelle blottie au creux d’un cœur viril.
C’est romantique, n’est-ce pas ?
Christine Burns : Ton Maître assure que c’est toi qui as
demandé d’être offerte et livrée à des inconnus, est-ce exact ?
Esclave 242 : Oui et (pour mieux me soumettre) il m’a d’abord attachée, bâillonnée, cagoulée avant de faire venir plusieurs hommes recrutés par petites annonces. Il me fait subir ça régulièrement. Je n’ai donc que ce que je méritais !
Christine Burns : T’exhibes-tu avec lui en soirée et évènement SM ?
Esclave 242 : J’adore ça ! Je rêve de l’accompagner dans une tenue de vinyle ou de latex intégrale, recouverte de la tête aux pieds, bien moulée. Je voudrais devenir une créature sans visage, anonyme, donc fatale.
Christine Burns : Est-ce que la soumission et le fait d’être une esclave sexuelle chez toi une jouissance ? Ou n’est-ce que le fait d’appartenir à ton Maître et de respecter tous ces désirs qui t’excitent ?
Esclave 242 : Ce qui m’excite, c’est d’être amenée “de force” à reconnaître que je suis vraiment sa salope personnelle. J’aime qu’il puisse abuser à volonté. J’aime quand, d’un air ironique’ il constate que je suis trempée entre les cuisses. Ma fente me trahit. Les mots crus, la salive, le cuir de ses bottes, les caresses honteuses, la brutalité, les scenarii pervers et les musiques saturées : tout ça m’excite. Je suis ravie aussi quand il me gratte la nuque : “bonne chienne”. C’est caricatural, mais c’est un jeu. Comme les indiens et les cowboys : il y a celui qui possède un gros flingue, et l’autre qui finit toujours par se rendre.
Christine Burns : Peux-tu changer de Maître ?
Esclave 242 : On n’appartient jamais à celui qu’on aime. Dresseur m’appartient autant que je lui appartiens. Quand il me “prête” à d’autres hommes, cela renforce le lien entre nous deux.
Christine Burns : Ton Maître impose-t-il des limites dans les relations SM ?
Esclave 242 : Soyons clair : le SM est un jeu érotique, une mise en scène, un scénario joué par des adultes consentants. Dans le cadre du jeu, nous respectons les règles de sécurité. Le but du jeu, c’est de se faire du bien, et pas de se faire mal. Dès que le jeu s’arrête, nous redevenons nous-mêmes, c’est à dire un charmant petit couple qui se dispute pour savoir qui va faire la vaisselle.
Christine Burns : Quelles sont les particularités de votre relation ? En quoi êtes-vous différents de l’image classique du couple dominateur - Soumise ?
Esclave 242 : Nous n’avons rien à voir avec les caricatures de Sados-masos bon chics bon genres qui se croient supérieurs parce qu’ils se réclament du “divin Marquis” (un noble, ça fait toujours bien) et qui se disent “élégants”, “raffinés”, “cérébraux” ou “libertins”. Dresseur et moi, nous ne pensons pas que le SM soit une sexualité de PDG, d’avocats ou d’hommes de pouvoir.
Nous n’aimons pas l’esthétique médiévale du SM parce qu’elle est guindée, archaïque et conventionnelle. Nous préférons l’esthétique caoutchouc, rangers, harnais de cuir, menottes, interrogatoire... L’univers gay hardcore correspond totalement à nos pratiques. Moi j’ai grandi en lisant des romans de Jean Genêt ou Mishima qui parlent de dockers et de soldats. Dans les films de Pirate ou les westerns, c’est le méchant que j’aimais. Plus tard, j’ai découvert Brecht ou Edward Bond au théâtre, et leur violence carnassière, charnelle... Je me sens très proche du SM gay et j’ai vécu mes premières expériences SM dans les backrooms. Il me semble que les hommes entre eux sont comme des loups qui se mordent la nuque pour s’enculer et qui luttent pour la jouissance.
Dresseur,
je l’aime ainsi, quand il me traite comme si j’étais un homme. D’égal à égal,
sans pitié, sans avoir peur et la queue bien raide.
Christine Burns : Prends-tu du plaisir à être exhibée en photos et vidéos sur Le site de Esclave 242, esclave sexuelle ou lorsque ton Maître expose les photos qu’il a réalisé de toi ?
Esclave 242 : Oui parce que j’aime garder les traces des moments où nous nous sommes vraiment défoncés.
Souvent, je vais voir dans un miroir si j’ai gardé sur le corps des marques. A défaut de marques, je vais voir le site pour regarder les photos et je sais qu’à chaque photo correspond un vrai scénario, une nuit longue et dure.
© Propos recueillis par Christine Burns – © Photos www.esclave242.com
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